Le paradoxe de la connaissance

 

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Je suis rentrée il y a quelques semaines de Strasbourg après y avoir enseigné une formation Yogaworks de professeurs de yoga au niveau 200 heures et des ateliers à Yogamoves, et je me suis surprise à me faire cette réflexion: plus que je connais de choses sur le yoga et finalement moins j’en sais!

Depuis 2003, j’ai pris de nombreuses formations, stages et ateliers. Il n’y a pas une année qui passe sans que je continue à me former. C’est ce qui me garde dans ma pratique, c’est ce qui m’inspire et m’ancre dans mon enseignement, c’est ce qui me fait vibrer. J’ai des milliers d’heures de formation et des milliers d’heures d’enseignement à mon compteur et pourtant, cette impression d’en savoir moins (peu, serait peut-être plus approprié) est présente. Ne soyez pas alarmés, je ne dis pas cela avec tristesse et inquiétude, je trouve cela au contraire très sain car c’est ce qui me pousse à m’améliorer, à en savoir plus, à ressentir les choses.
Je me rends compte qu’il y a plusieurs étapes dans la connaissance ou le savoir. Au début, on veut absolument avoir la bonne et unique réponse; c’est comme cela et pas autrement. Je le vois souvent chez les élèves qui prennent la formation, il faut que ce soit noir ou blanc. Et c’est tout à fait normal, notre cerveau a ce besoin de recevoir une information tangible, claire et précise. On apprend déjà de nouvelles informations lorsqu’on prend une formation, et si en plus rien n’est précis, cela devient déstabilisant. Si les pieds sont joints en Tadasana, dans la posture de la montagne, alors cela doit être la règle, la vérité pour tout le monde. Mais est-ce si simple? Je vous donne déjà la réponse: absolument pas et c’est ce que je m’efforce d’enseigner à mes élèves.

Je me souviens de ma première sérieuse expérience de yoga. C’était en Inde, à Rishikesh avec ma professeur de yoga Iyengar: Karyn O’Bannon. Elle avait un des plus haut degrés d’enseignement dans le style Iyengar. Elle est malheureusement décédée en 2013. Comme la plupart des professeurs d’Iyengar, sa façon d’enseigner était stricte et disciplinée mais avec en même temps une pudeur touchante et émouvante. Elle m’a donné l’envie de continuer à pratiquer le yoga en 2003 et de continuer à apprendre. J’étais fascinée par sa connaissance du corps et je me disais que si on arrive à avoir une telle connexion et compréhension de notre corps, à savoir même quoi faire avec notre petit orteil, cela devait ouvrir des accès formidables à notre esprit, à son contrôle et créer une harmonie du corps et de l’esprit. Je lui suis si reconnaissante d’avoir eu tant d’influence sur mon parcours.
J’ai eu besoin de ce cadrage, de ces instructions précises, de cette rigueur pour me donner les ailes dont j’avais besoin. Et au-delà de sa précision, elle était un être si spirituel.

Alors au début, on est souvent trop rigide dans nos instructions jusqu’à ce que l’on se rende compte que ce n’est pas si noir ou blanc mais qu’il y a un monde entre les deux où vit d’ailleurs la plupart d’entre nous. Paradoxalement, cette conscience ne peut venir que par le fait de continuer à se former, de continuer à pratiquer. Plus on apprend le yoga et plus on découvre ses subtilités. Ses subtilités corporelles, subtilités d’énergies, subtilités mentales… Le yoga est un sujet si vaste et c’est ce qui me plaît tant! C’est comme les poupées russes sauf que, dans le cas du yoga, cela ne s’arrête jamais. On lève de nouveaux voiles grâce à la maturité de pratique et d’enseignement qu’on acquiert. Et plus on apprend et plus on réalise que l’on a à peine commencé à effleurer la profondeur de certains concepts. Pourquoi? Car dans le Yoga, tout est ressenti, tout est expérience, tout est pratique pour se reconnecter avec soi-même. Et cela nécessite de la patience et du temps. Chaque personne aura un chemin différent, des niveaux de conscience différents, des approches différentes, des sensibilités différentes dans son apprentissage.

Dans son livre « Outlier: the story of success », Malcolm Gladwell explique la règle des 10 000 heures pour pouvoir maîtriser une matière, un sujet ou un art. Ce à quoi d’autres lui ont répondu que ce n’est pas forcément vrai, certains ont besoin de plus d’heures, d’autre de moins. Que tout dépendait de la qualité d’attention avec laquelle ces 10 000 heures étaient acquises. Je suis complétement d’accord avec cette notion de la qualité de notre attention, de notre implication. La philosophie du yoga parle d’ailleurs de ce sujet. Rien ne me fait plus plaisir lorsque des situations ou des discussions de la vie moderne sont confirmées par d’anciens textes. Dans les Yoga Sutra de Patanjali (compilés vers les années 200 av. J.C et 500 ap. J.C), on nous parle du concept d’Abhyasa, qui signifie pratique ou effort. Patanjali nous explique que cette pratique doit être réalisée avec foi, avec tout notre coeur pour faire de plus importants progrès. Cela rejoint complètement cette idée de la qualité d’attention ou d’implication!

Alors je continuerai à apprendre, à me former, à pratiquer toute ma vie avec la même passion et curiosité qui m’animent depuis ces années. Et peut-être que tant que j’aurais l’impression d’en savoir peu, je serais sur le bon chemin car le jour où j’aurais l’impression d’en savoir énormément, mon ego aura pris trop d’ampleur!

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